Miss Peregrine et les Enfants Particuliers: Que vaut l’adaptation de Tim Burton?

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Salut tout le monde!

Si vous avez déjà traîné quelque peu sur ce blog, vous avez certainement pu constater que j’avais lu, et apprécié, les deux premiers volumes de la trilogie Miss Peregrine de Ransom Riggs. L’adaptation cinéma, réalisée par Tim Burton et sortie le 5 Octobre dernier en France, me faisait donc de l’œil, genre, au point d’avoir ENVIE D’ALLER AU CINÉMA. Ce qui pour moi est chose assez rare. Déjà, peu de films qui sortent à l’heure actuelle me font envie. En plus, je ne me tiens pas forcément au courant des actualités, des sorties culturelles… Et enfin, autant j’aime les grands écrans, les fauteuils rouges et le son qui fait vibrer la salle entière, autant j’apprécie vachement moins les chuchotis, les bruits de mâchouillage de popcorn et LES GENS QUI RIENT BEAUCOUP TROP FORT JUSTE A CÔTÉ DE MOI. (#çasentlevécu)

En gros, je suis une sorte d’ermite agoraphobe tout à fait détestable.
Non, mais sans déconner, j’aime bien le cinéma, hein, mais de temps en temps. Le plus souvent, je ne ressens pas de besoin particulier de voir un film dès sa sortie sur grand écran, je ne suis pas du genre pressée. Je dirais même que je préfère limite laisser passer la hype.

SAUF QUE LA, on parle d’un bouquin que j’ai lu très récemment, d’un film de Tim Burton, et d’EVA GREEN. (Un jour, je vous parlerai de comment Penny Dreadful m’a fait tomber en admiration devant Eva Green. Mais pas maintenant.)

D’ailleurs, parlons-en, de Tim Burton.

J’ai une relation un peu bizarre d’amour-haine avec ce réalisateur, pour tout vous dire. J’ai ~presque~ vu tout de lui (il faut que je mate Big Eyes et Ed Wood. La Planète des Singes, ça me dit pas du tout. Sinon, j’ai tout vu. Oui, même Pee-Wee. J’ai kiffé Pee-Wee. FIGHT ME), et j’étais une fan complètement inconditionnelle jusqu’à 2008, et Sweeney Todd. Pour le coup, cette déception-ci est peut-être davantage à mettre sur le compte des goûts personnels, parce que les comédies musicales, j’ai jamais pu encadrer ça, mais quand même. J’ai trouvé ce film absolument ridicule, j’ai eu l’impression d’avoir payé un ticket pour 116 minutes de malaise. En revanche, là où je ne lui ai ~vraiment~ pas pardonné, c’était pour

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Tim Burton, c’est ~aussi~ des blondinettes diaphanes qui sauvent des écureuils. C’EST PAS NIAIS C’EST POÉTIQUE, OK?

Alice au Pays des Merveilles. Alice, c’était une de mes histoires préférées, un de mes deux Disney préférés (avec La Belle et La Bête, dont j’attends de pied ferme l’adaptation avec Emma Watson, d’ailleurs) et du coup, adapté par ce que je pouvais encore considérer comme mon réalisateur préféré, j’étais allée le voir avec un enthousiasme frôlant l’hystérie.

Plus dure fut la chute. Je ne vais pas m’amuser à vous énumérer les raisons pour lesquelles j’ai trouvé que ce film était une sombre merde (pardon aux fans, hein, c’est un avis perso, ne venez pas me sauter à la gorge, mon opinion n’est pas parole d’évangile), mais voilà, j’étais sortie de la salle absolument consternée, et j’ai sérieusement commencé à bouder Burton.

Et puis il y a eu Dark Shadows, que j’ai vu sur le tard, divertissant mais pas transcendant, Frankenweenie idem, sympa mais sans plus… Bref, je commençais à me demander si je n’avais pas tout bêtement surévalué l’œuvre du réalisateur. Il y a eu Big Eyes, que je n’ai jamais vu parce que je n’ai seulement jamais été au courant de sa sortie. Il y a eu les re-visionnages de certains de ses films, j’ai découvert Big Fish que je n’avais pas vu et qui m’a transcendée, de l’eau a coulé sous les ponts, et je pense l’avoir assez pardonné pour être enthousiaste à l’idée de le voir adapter Miss Peregrine à l’écran. Voyons donc si j’ai eu raison ou non de lui laisser cette chance.

Petit disclaimer préalable

Les gens, il faut que je vous dise un truc, d’abord. Je ne suis pas du tout cinéphile. Ma culture filmique est absolument ridicule, il y a plein de grands classiques que je n’ai jamais vus, il y a des films universellement adorés que j’ai cordialement détestés, je suis loin d’être une experte dans le domaine, je ne me sens donc AUCUNE légitimité à pondre une critique de film, le ressenti que je vais vous livrer sera très certainement subjectif, partial; on n’est pas dans Les Cahiers Du Cinéma donc attendez-vous à quelque chose d’organique et de personnel. Je suis allée voir le film samedi soir, et je me suis forcée à laisser passer la journée suivante pour reprendre un peu mes esprits et ne pas pondre quelque chose trop « à chaud ». Si vous êtes un peu calés dans le domaine, vous allez très probablement facepalmer comme pas permis. VOUS AUREZ ÉTÉ PRÉVENUS.

Esprit de Tim Burton, es-tu là?

La première chose qui m’a frappée, c’est complètement con, mais c’est l’absence de Danny Elfman en tant que compositeur. Je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai remarqué immédiatement, et j’ai trouvé ça un peu dommage, tant sa musique aurait tout à fait collé à l’univers de Miss Peregrine. Cela dit, les musiques du film sont extrêmement agréables malgré tout. Il n’empêche que l’absence de sa patte sonore m’a complètement prise de court, parce qu’Elfman et Burton, pour moi, c’est un peu comme le burger et les frites. L’un peut aller sans l’autre, mais on est complètement habitués à les voir ensemble. (Oui, j’ai faim.)

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Je fangirle éhontément. Voilà.

Second constat: le film fait deux heures, et deux heures, c’est putain de court. Surtout lorsque, comme moi, on est davantage habitué aux séries qu’aux films. Je ne sais pas si c’est la raison pour laquelle la rapidité de l’intro m’a frappée ou si ça va vraiment vite, mais voilà, ça va vite. Dans le bouquin, le personnage de Jacob est bien plus développé, ses relations avec sa famille semblent beaucoup plus sombres, et l’état mental dans lequel il tombe après le décès de son grand-père (ça va, c’est pas un spoil, c’est le tout début) sont extrêmement édulcorés par rapport au livre. Les scènes d’exposition sont courtes, très courtes, peut-être un peu trop expédiées à mon goût, mais que voulez-vous, il s’agit d’un film, et si celui-ci, à l’image du premier tome du livre, utilisait toute sa première moitié à mettre tout bien en place, on se serait un peu fait chier. Donc SOIT.

Visuellement, c’est très soigné. Les plans sont bien composés, le traitement de l’image, notamment au niveau de la couleur, est réussi, pour vous le dire clairement: c’est du Burton. VOILA. On y arrive. On retrouve cette oscillation entre couleurs vives, chaudes et lumineuses apportant une poétique naïveté à certaines scènes, et les tons plus sombres, plus bleutés avec un grand travail sur le contraste et l’éclairage à grands renforts de clair-obscurs, caractéristiques de l’esthétique dark dans laquelle on catalogue très souvent le réalisateur.

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Un sépulcreux. Pour ne rien vous cacher, je les trouve choupinous.

Et tout cet aspect visuel ainsi que toute la dualité d’atmosphère qu’il apporte, pour moi, ça a été le premier point rassurant: Burton revient, certes sans trop de prise de risque, vers ce qu’il fait le mieux: un parti pris visuel qui balance toujours entre l’enfantin et le glauque, entre le solaire et le lunaire, entre le color block  saturé et le fantomatique éthéré. Ça me fait plaisir, parce qu’on n’est plus juste dans le sombre, et aussi parce que c’est dosé bien plus raisonnablement. Dans Sweeney Todd et Alice, par exemple, j’avais l’impression que Burton en faisait des caisses au point d’en devenir une caricature de lui-même. Du genre, « AH VOUS VOULEZ QUE JE FASSE DU BURTON? EH BEN TIENS, DANS TA FACE. ». Je sais pas si je me fais bien comprendre, et c’est peut-être juste moi, mais voilà. Là, en l’occurrence, j’ai eu la sensation qu’il arrivait à mieux doser sa patte, à distiller son style caractéristique avec plus de parcimonie, parfois même un peu trop.

Le film se pose, donc, comme un bon échantillon de ce que l’ami Tim fait le mieux: il y aura de l’épique, du poétique, du sombre, de l’étrange; le tout toujours délivré avec efficacité, certaines scènes sont de véritables jouissances auditives et visuelles, et on retrouve tout à fait l’onirisme des romans de Riggs. L’île de Cairnholm est tout à fait comme je me l’étais imaginée, et par la suite, de nombreux lieux n’étant pas présents dans l’œuvre de base m’ont véritablement donné l’impression qu’ils auraient pu être imaginés par l’écrivain. Petite mention spéciale à la scène de combat finale, si complètement grand-guignolesque que ça en devient génial, du pur Burton-Style remis au goût du jour.

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Coucou, Jacob. Tout est normal, t’inquiète pas.
Un petit mot sur l’histoire

Avant que je ne me perde encore davantage en conjectures sur des histoires de style, d’esthétique, d’ambiance et tout le tintouin, je vais directement vous causer un peu du scénario.
Avant d’aller voir Miss Peregrine et les Enfants Particuliers, je m’attendais au désormais traditionnel format « Un film de trois heures par livre, sauf le dernier livre qui sera divisé en deux films de trois heures, parce que ARGENT », le tout suivant assez scrupuleusement la trame scénaristique du matériau de base. J’avoue que cela ne m’aurait pas dérangée non plus. Seulement, il n’en est rien: le film part sur les mêmes bases, mais développe son propre récit. Si vous voulez vraiment savoir, tout est assez similaire jusqu’à l’arrivée de Jacob au fameux pensionnat en ruines, après quoi on bifurque sur une histoire reprenant des bases plus ou moins similaires, mais avec un arc narratif plus adapté à un film de deux heures.

Honnêtement, ça plaira ou ça ne plaira pas,

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Là, c’est Jacob. Il a l’air véner. Venez pas le faire chier.

tout ça me semble une affaire de goût plus qu’autre chose. Le background est forcément moins fouillé, certaines explications sont totalement survolées, et pour avoir vu le film avec Monsieur, qui n’a pas lu les livres, il semblerait que le spectateur non familier de l’œuvre de base puisse se retrouver partiellement largué. En fait, même moi, ayant lu les livres, j’ai eu du mal à suivre: certains aspects du fonctionnement des boucles ou encore certaines caractéristiques des monstres et autres pas-gentils étant au mieux vite expliqués, au pire complètement laissés dans le flou, et pire: j’ai eu l’impression que cela donnait naissance à quelques incohérences qui n’étaient pas présentes dans le livre, où tout est clair comme de l’eau de roche et a beaucoup plus de sens. Cependant, cela reste de l’ordre du détail et n’entrave pas trop l’appréciation de l’œuvre.

Autre déception, plus conséquente cette fois: le parallèle entre le parcours des Enfants Particuliers et l’Histoire avec un grand H passe totalement aux oubliettes. On voyage beaucoup moins dans le film, qui reste cantonné à quelques endroits assez « fermés », la Seconde Guerre Mondiale est réduite à quelques avions survolant l’île et un ou deux figurants en costumes, et là, c’est un peu dommage, car c’est une des choses qui rendent les livres si savoureux. On pourra objecter à cela qu’il s’agit d’une adaptation libre ne reprenant pas la trame de la version papier, bien évidemment. Il n’empêche que j’aurais tout de même aimé voir cet aspect être plus exploité.

En-dehors de ces quelques déconvenues, l’ensemble passe tout à fait bien : on n’est pas sur du révolutionnaire qui bouscule tous les codes du genre de par son originalité fulgurante, il y a des méchants et des gentils, les gentils doivent déjouer les plans des méchants, moult péripéties, moult dangers et tout autant de preuves de courage et d’amitié, vous voyez le genre: c’est simple mais efficace.

Et les personnages, dans tout ça?

Les personnages sont un autre point sur lequel j’aimerais revenir. Quelques remaniements ont été faits de ce côté aussi, et globalement, même si j’avais peur du résultat, le film s’en tire pas trop trop mal.
Première chose qui m’a surprise, le père de Jacob. Ou plutôt la relation entre ces deux-là, et même plus généralement entre Jacob et sa famille. Dans le livre, la tension et l’incompréhension étaient palpables, Jacob se retrouvait vraiment à l’écart, marginalisé suite au traumatisme de l’attaque de son grand-père. Ses parents ne le comprenaient plus, le craignaient même, il passait son temps entre séances de psy, traitement médicamenteux assez lourd et geekage intensif. Dans le film, on voit, certes, Jacob s’enfermer dans sa piaule alors qu’une fête d’anniversaire lui est consacrée, mais personne ne semble lui en tenir rigueur; même lui semble davantage indifférent que

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Je suis pas gentil et je vais te manger.

réellement affecté. Il semble tout au plus légèrement contrarié. Son père est détendu du slip, semble quasiment sur la même longueur d’onde, il paraît bien moins velléitaire et taciturne que son homologue du roman, dans lequel une gêne palpable plane entre lui et Jacob. Évidemment, encore une fois, l’argument de l’adaptation libre, ainsi que celui de la volonté de ne pas encombrer un récit de deux heures déjà plutôt dense, sont tout à fait recevables. Mais quand même, je trouvais la dynamique relationnelle du livre entre ces deux-là, il aurait été possible de la retranscrire sans s’y attarder. Cela aurait ajouté un peu plus de crédibilité à l’ensemble, de la consistance. Là, le daron est un peu patate; alors que dans le livre, il faisait figure d’obstacle, d’empêcheur de tourner en rond malgré lui; son utilité dans le film est, elle, quasi inexistante.
J’ai été assez satisfaite de la performance des Enfants Particuliers eux-mêmes: Je pense notamment à Enoch, personnage que j’apprécie beaucoup dans le livre et dont l’essence a été totalement retranscrite à l’écran, jusqu’à son accent cockney (je suis allée voir le film en VO, soit dit en passant). Bronwyn est absolument charmante, Fiona aussi; Olive et Emma, dont les pouvoirs ont été échangés, ne souffrent pas du tout de ce changement. J’ai trouvé dommage que Millard ait été réduit au rôle de sidekick rigolo, son érudition ayant totalement disparu, et Horace est absolument adorable. Jacob, quant à lui, est tout à fait tel que je me l’imaginais, physiquement parlant, ainsi que mentalement.
Il semblait également étrange, bien que pas dérangeant pour moi, d’avoir choisi Eva Green

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Millard. Passe-temps favori: se mettre à poil pour être totalement invisible.

pour incarner Miss Peregrine, que les romans m’avaient fait imaginer plus âgée et bien plus quelconque physiquement parlant, mais très honnêtement, je ne sais pas si c’est parce que j’adore cette actrice ou quoi mais BON SANG ça fonctionne du feu de Dieu. Elle est crédible dans son rôle, elle a la classe, la présence, la voix… Bon, vous avez compris, je ne suis pas totalement objective.
Le plus étonnant dans tout ça, c’est l’antagoniste principal de tout ce joyeux foutoir. SAMUEL L. JACKSON SVP. Un méchant complètement déjanté, aussi menaçant qu’un paquet de corn-flakes, et que j’ai pourtant trouvé assez cool. J’avais presque l’impression d’être devant un méchant de chez Batman. Cabotin, plus comique qu’effrayant, j’aurais cependant aimé qu’il ait davantage de temps à l’écran, sa performance me semble totalement sous-exploitée, alors qu’on sent que ce cher Samuel en avait encore sous la pédale. Le résultat, c’est qu’on ne le prend peut-être pas assez au sérieux en tant que spectateurs. Il aurait mérité d’être dépeint un poil plus dangereux.

Résultat des courses?

Franchement, les amis, on va être clairs: ce film n’est pas parfait. Loin s’en faut. A l’image du premier livre, la fin semble d’ailleurs quelque peu expéditive (et on dirait bien qu’elle laisse la porte ouverte à des suites si le succès est au rendez-vous, manœuvre commerciale très mal dissimulée que je ne suis pas certaine d’approuver totalement). Mais ces imperfections qui le caractérisent arriveraient presque à le rendre d’autant plus touchant. Parfois trop sage, le long-métrage parvient pourtant à de nombreuses reprises à se lâcher un peu plus, livrant quelques moments de grâce par-ci, quelques instants de pure rigolade par-là. Je ne me suis rendu compte qu’en sortant de la salle à quel point ces deux heures m’ont paru courtes, et à quel point j’avais été totalement happée par cet univers envoûtant. L’expérience filmique diverge par de nombreux aspects de celle de l’ouvrage de Ransom Riggs, mais réussit, non sans quelques accrocs, à s’autosuffire dans les grandes lignes, un compromis non sans risque permettant de ratisser large et de séduire aussi bien les lecteurs de l’œuvre d’origine que les autres. On pourra regretter le côté globalement moins sombre, moins fouillé et plus lisse de l’ensemble, il est vrai également que lorsque les romans amènent tout de même gentiment à se questionner sur pas mal de notions philosophiques, le film fait la part belle aux péripéties et au spectacle; on pourra aussi apprécier ce film pour ce qu’il est: un divertissement de bon aloi pour un public étendu, qui n’a pas la même portée que l’œuvre qu’il transpose mais parvient à en extraire une grande partie des ingrédients les plus marquants. Burton semble y amorcer un retour aux sources et, bien qu’un brin trop sage à mon goût, il me semble avoir retrouvé un certain équilibre. Ce n’est pas LE film de la résurrection pour Tim, mais ça me redonne quand même confiance pour la suite.

Tim Burton - Miss Peregrine et les enfants particuliers - film 2016 - Papotarium

Je ne suis pas du genre à donner des notes, je trouve ça assez réducteur, ne vous attendez donc pas à voir ça ici, eh non, va falloir lire l’article pour voir ce que je pense! Cependant, je pense quand même terminer mes chroniques de films en vous recommandant, ou non d’aller le voir.
En l’occurrence, oui, je vous le recommande! Si vous êtes à la recherche d’un divertissement de qualité, si vous aimez Burton, si vous avez aimé la trilogie Miss Peregrine ou que vous voulez la découvrir, si vous aimez les ambiances un peu farfelues… Foncez!

Bien. Maintenant, il va falloir que je m’attelle au troisième tome, j’ai également quelques idées d’articles sous le bras, ça risque de parler photo, entre autres.

En attendant, je vous souhaite une bonne journée, soirée, semaine, tout ce que vous voulez, non sans vous adresser comme à l’accoutumée un petit:

Bien Cordialement, BISOUS ❤

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Jonathan Strange & Mr Norrell: petite plongée dans l’univers de Susanna Clarke.

Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke - Poche - VO
Comment vous expliquer.

Comment vous expliquer à quel point je trépigne d’excitation à l’idée de vous présenter ce livre? Comment vous expliquer mon amour et mon admiration sans bornes pour cet ouvrage? Et comment vous expliquer que si vous vous attendez à un rapport de lecture objectif, vous n’avez ~peut-être~ pas frappé à la bonne porte?

Eh ouais les potes, parce qu’aujourd’hui, c’est le jour où je vous présente celui que j’ai élu comme mon bouquin préféré. Du monde entier, de l’univers et tout le reste. Moi, la meuf qui n’a vraiment ni film préféré, ni groupe ou chanteur/se préféré/e, qui ai éventuellement une série préférée (mais c’est de la triche si on prend en compte le fait que c’est la série adaptée du bouquin qui nous intéresse ici), enfin bref, moi qui ne suis vraiment pas foutue de désigner ses trucs préférés, il y a un truc qui est certain, qui s’impose comme une évidence, mon bouquin préféré, c’est CELUI-LA. (Et maintenant, vous en avez probablement marre de lire le mot « préféré »)

Je vous propose donc sans plus attendre d’entrer dans le vif du sujet.

Jonathan Strange & Mr Norrell, le livre.
Et d’abord, un peu d’histoire.

Oui, vous allez avoir droit à un compte-rendu complet de ma rencontre avec ce bouquin. EH OUAIS. On parle sérieux, là.
Remontons le temps et retrouvons-nous en… 2009? 2010? A l’époque, j’étais encore à la fac, et les magasins Virgin étaient toujours de ce monde. J’y traînais beaucoup entre les cours, ainsi que dans tous les autres enseignes qui vendaient du livre.

Quand on dit qu’il ne faut pas juger une personne à son physique, et un livre à sa Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke - Robert Laffontcouverture, eh bien mes amis, je suis désolée de vous le dire, mais en l’occurrence, c’est carrément la gueule du bouquin qui m’a d’abord fait m’y intéresser. Voir ces fiers pavés tout noirs trôner en tête de gondole, au premier étage du Virgin Megastore, c’était quelque chose, je m’en souviens encore très bien. (Il y avait même une version « négatif », toute blanche, avec les inscriptions en noir. J’ai appris trop tard que c’était une version un peu collector. De toute manière, je préférais le noir. Haha).
Complètement noir, jusqu’aux tranches. Déjà, c’était intriguant. Et puis cette couverture très sobre, juste de la typo et une silhouette de corbeau. Il faut savoir que je suis très difficile en matière de design de couvertures de bouquins. J’en trouve pas mal extrêmement kitsch, surtout quand on part explorer le genre fantastique ou fantasy. Les montages Photoshop avec 72000 effets et les polices de caractère douteuses, très peu pour moi. Là, c’est minimaliste, graphique, la couverture est légèrement texturée, et les caractères un peu irréguliers ajoutent au côté mystérieux du truc. Je me souviens qu’avec l’amie avec qui j’avais découvert ce livre (coucou si tu passes par là <3), on était intriguées par son côté « grimoire de magie noire un peu chelou ». Du coup, j’avais lu le quatrième de couverture, j’avais kiffé… Et j’étais repartie sans le bouquin, parce que j’étais étudiante, qu’il coûtait je sais pas moi, 25 balles? Plus? Je sais plus. Trop cher.

Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke - Poche - VO
La version poche, en anglais.

J’ai donc laissé tomber, sur le coup, en me disant bon, ok, ça a l’air cool, mais voilà, money money money. Jusqu’à ce qu’un peu plus tard, à la Fnac, je tombe sur la version poche, en VO, of course, parce que c’était pas encore sorti en France dans ce format. Elle valait genre, 9 balles? Allez, banco. La couverture était un tout petit peu moins classe, le même design mais en holographique sur fond rouge. En revanche, cette version-là était illustrée de façon fort chouette. Et c’est clairement un plus. J’ai inclus quelques exemples plus bas, vous verrez.

Et du coup, j’ai commencé ma lecture. Alors, autant j’ai été captivée, autant bon sang, le temps que ça m’a pris. Malgré les cours d’Anglais de la fac, j’étais clairement pas prête pour le vocabulaire, les notes de bas de page et les mots un peu chelous parce que soit très spécifiques à certains champs lexicaux, soit tout simplement archaïques parce que l’action se déroule dans les 1800s et que le vocabulaire est à l’avenant. Vers la moitié du bouquin, et à la faveur d’un porte-monnaie un peu mieux fourni, j’ai fini par craquer pour le gros pavé noir en VF. Maintenant que mon Anglais est d’un meilleur acabit, il faudrait que je retente le coup, tiens.

Et sinon, on peut en venir au contenu? Parce que bon, l’histoire de ta vie c’est bien gentil, hein, mais bon, tu vois quoi.

Oui, oui, je sais que je m’emballe un peu à vous raconter le processus d’acquisition, mais comme vous le savez peut-être déjà, pour moi, c’est là que commence mon histoire avec un bouquin, et quand on sait quelle place CE BOUQUIN PRÉCIS occupe dans mon cœur, forcément, il fallait que je raconte. (Bonjour, je m’appelle Émilie, et je parle de mes bouquins comme si c’étaient des gens. Et vous, c’est quoi, votre problème? 😀 )

DONC.

Qu’est-ce que ça raconte?

Petite question préalable. Vous vous souvenez, si vous avez lu mes précédents articles, que je nourris une affection particulière pour tout ce qui est British des 18ème, 19ème et tout début 20ème siècles? Bon. EH BIEN MONSIEUR LE JUGE, MESDAMES ET MESSIEURS LES JURÉS, JE VOUS PRÉSENTE LE COUPABLE.

Tout commence en 1806 et l’action va s’étirer peu ou prou sur une décennie après cela. Nous sommes en Angleterre, et nous faisons la connaissance d’une société de magiciens.

ALORS ALERTE ROUGE, j’arrête tout de suite les éventuelles personnes tentées de faire le rapprochement foireux « Angleterre/Magie > Harry Potter », car ça n’a absolument RIEN A VOIR. J’adore Harry Potter, hein, c’est super cool. Mais je pense sincèrement que ce n’est pas parce que vous avez aimé l’un que vous aimerez forcément l’autre. Les deux œuvres ont très peu en commun. Voilà, ça c’est fait, on n’en parle plus.

Une société de magiciens, donc, somme toute bien tristounette, qui ne branle honnêtement pas grand-chose d’autre que de bavarder inutilement sur les aspects théoriques d’une magie qu’ils croient éteinte, disparue, morte et enterrée depuis des lustres. Un jour, ces braves (ou pas) gaillards ont vent d’un certain Mr Norrell, vieil érudit

Portia Rosenberg - Jonathan Strange & Mr Norrell - Illustration
Une des illustrations de Portia Rosenberg, figurant dans la version originale du livre

qui possède, semble-t-il, une foultitude d’ouvrages sur leur sujet de prédilection, denrée pourtant extrêmement rare par les temps qui courent. Et c’est ainsi que nous aussi, lecteurs, allons faire connaissance du premier personnage donnant son nom au livre. Jonathan Strange, jeune héritier velléitaire un peu paumé se découvrant complètement par hasard des talents de magicien, suivra un peu plus tard. Vous vous doutez bien qu’ils finiront par se rencontrer, et que l’intrigue gravitera autour de leur relation parfois conflictuelle, et de leurs vues bien différentes sur le sujet de la restauration de la magie en tant que discipline cette fois-ci bien vivante et pratiquée.

Voici donc un résumé fort lapidaire qui arrive même à en révéler moins que le quatrième de couverture du bouquin, mais encore une fois, si vous m’avez déjà lue, vous savez comment je fonctionne. Vous pouvez trouver des résumés ailleurs, il n’y a aucun intérêt à ce que j’en fasse un copié-collé, et surtout, SURTOUT, je tiens VRAIMENT, toujours, à en révéler le moins possible sur l’intrigue. Je continuerai de répéter ça tant que le blog sera encore jeunot, histoire de bien enfoncer le clou: c’est comme ça que je fonctionne, et pas autrement. BREF.

Alors pourquoi c’est si bien?

Mais punaise, par où commencer?
Déjà, l’atmosphère. Ce bouquin est dense, touffu, il regorge de notes de bas de page sur le folklore féerique et la magie; je vous parlais d’immersion dans ma petite chronique sur le tome 1 de Miss Peregrine, sachez que là, on est en plein dedans. Le vocabulaire employé ainsi que le style d’écriture -qui emprunte beaucoup à des auteurs comme Jane Austen (notamment cette petite pointe d’ironie apportant un agréable aspect de satire sociale sans trop avoir l’air d’y toucher comme ça), les fameuses notes de bas de page qui empruntent un ton complètement encyclopédique pour parler d’êtres et de phénomènes magiques, la densité du contexte historique -l’époque des guerres Napoléoniennes, mes amis, et croyez-moi, on sent que Susanna Clarke a potassé le sujet!- et la façon dont celui-ci s’entremêle aux destinées des personnages… TOUT TE MET GRAVE DANS L’AMBIANCE. C’est tout à fait comme si l’on était transporté direct-sans-escale en 1800 et des poussières, mais un 1800 et des poussières nimbé d’une sorte d’épais brouillard mystique.

Bibliothèque - Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke - Poche - VO
Voilà l’ouvrage trônant dûment à une place de choix dans ma bibliothèque.

La composante mystique, justement. Parlons-en. Là encore, on constate à quel point Susanna Clarke est une grande FIFOLLE, si vous me permettez l’expression, tellement le sujet est fouillé. C’est une véritable plongée dans le folklore féerique qui nous est proposée, parfois principalement via les notes de bas de page dont je parle tant. (qui constituent en elles-mêmes une sorte d’œuvre à part entière tant elles sont intéressantes, font leur life et racontent leur propre histoire; et leur longueur ainsi que le fait qu’elles puissent parfois perdre le lecteur ne font pour moi qu’ajouter au charme du livre, parce qu’il n’y a rien de plus grisant pour moi que d’accepter et d’apprécier de se perdre un petit peu. #PotentielSujetDeBacPhilo)

BREF. Oubliez les lutins malicieux ou les fées Clochettes aux ailes pailletées, oubliez tous vos préjugés sur la Féerie: Susanna Clarke vous ramène aux sources des mythes et légendes, puisant tout aussi bien dans Shakespeare que dans la mythologie. Autant vous prévenir, le monde magique est sombre, complexe et non sans dangers.

Quant aux personnages, même constat: ils sont travaillés, nuancés, complexes, pétris à la fois de qualités grandioses et de profondes insécurités, et contrairement à la couverture du bouquin, aucun n’est tout noir ou tout blanc. Ils ont de véritables personnalités, des buts personnels, ne se définissent pas uniquement par la fonction qu’ils sont censés remplir, genre le héros héroïque, le méchant pas gentil, la gonzesse faire-valoir du héros…

Je parlais un peu plus haut d’une certaine satire sociale, et j’aimerais y revenir cinq minutes, parce que mine de rien, OK, ça cause magie et folklore féerique, mais nous n’oublierons pas que tout cela prend place dans l’Angleterre des années 1800, dans des franges plutôt aisées de la population, une société régie par moult codes et protocoles où le moindre geste est abondamment commenté et critiqué. Et l’incursion que le lecteur fait dans ce milieu est tout aussi poussée que celle qui est faite dans le monde féerique. Susanna Clarke ne manque jamais la petite pique discrète sur ces mœurs parfois absurdes

qui nous sont présentées. La narration est d’ailleurs très intéressante de ce point de vue, car bien qu’à la troisième personne, elle est tout sauf impersonnelle. On a l’impression que le narrateur prenant en charge ce récit fait partie intégrante de cette époque, de cette société, en comprend et en pratique tous les mécanismes et devient presque, par ce biais,

un personnage à part entière.

En dernier lieu, j’aimerais parler de ce qui est peut-être la raison principale pour laquelle ce roman m’a tant plu et marquée. Ce sont les grands thèmes abordés par le récit.  Je vais vraiment essayer de faire ça sans révéler quoi que ce soit sur l’intrigue, mais

comprenez bien que je vais parler des thèmes-clés du récit, et… Eh bien, qui dit thème-clé

Portia Rosenberg - illustration- Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke
Une autre illustration de Portia Rosenberg

dit clé tout court. Comme dans clés du récit. Donc si vous avez peur, sautez ce qui va suivre jusqu’au prochain titre. Mais en théorie, ça devrait aller.

On le voit dès le titre, il va y être question de dualité. A travers les relations houleuses entre Jonathan Strange et Mr Norrell et l’opposition de leurs visions respectives de la magie, on retrouve ce thème classique que je surnomme affectueusement la querelle entre Anciens et Modernes (Ceux qui ont étudié les lettres savent. 😉 ) traité avec un dynamisme et une pertinence absolument formidables. Mais cette notion va bien plus loin que l’opposition entre les deux protagonistes éponymes de l’ouvrage. On la retrouve partout. Monde « normal » et monde féerique, magie théorique et pratique, magie « respectable » et magie « un petit peu moins respectable, fais attention quand même hein », nantis et serviteurs… Tout est très allégorique, dans ce roman.

On peut aussi, et surtout, pousser ce concept un peu plus loin et évoluer vers celui d’altérité. Ce qui est autre, ce qui est différent. Comment certains ont peur du différent et l’évitent, comment d’autres essaient de le comprendre. Comment ceux qui font partie de cette altérité considèrent cet état de fait. La différence est-elle une malédiction, ou un don? Qu’est-ce qui définit la normalité? S’il nous appartient à nous, lecteurs, de trouver nos réponses, si tant est qu’il y en ait, Susanna Clarke, elle, nous pose bel et bien ces questions. Et puis aussi et surtout, mine de rien, j’ai décelé une autre notion qui m’a énormément touchée, peut-être ai-je été la seule à imprimer à ce livre cette grille de lecture, mais je tiens à vous l’exposer: la révolte, voire la révolution. La prise de pouvoir, la roue qui tourne, les derniers seront les premiers, tout le tintouin.

Je vais tenter de m’expliquer tout en restant le plus vague possible: plusieurs personnages dans le récit ont une condition d’oppressés, d’une façon ou d’une autre. Ils (et elles, hein) sont prisonniers, au sens propre ou au figuré, de quelque chose, tangible ou pas. Et ce livre a cela de puissant qu’il met en scène avec tant d’intensité le bris de ces chaînes, la prise de pouvoir, la reconquête de cette liberté perdue, le combat opiniâtre pour se réapproprier ce qui a été spolié, que pour être honnête avec vous là tout de suite, à chaque fois que je cause de ce point précis du bouquin, j’en ai les larmes au bord des yeux. (Au bord des yeux? Ça se dit, au moins? Vas-y, je m’en fous.) J’ai trouvé dans ce livre un hymne formidable à l’émancipation, quelle qu’elle soit. Voilà pourquoi, pour moi, ce livre est tout SAUF un énième bouquin farfelu avec de la magie dedans, à lire vite fait pour se distraire. Il y a un véritable propos de fond, et quel propos.

La série télé
Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke - série télé BBC
Bertie Carvel et Eddie Marsan, incarnant respectivement Strange et Norrell dans la série. (Image BBC)

Vous imaginez mon bonheur délirant quand j’ai appris son existence.
Il faut savoir qu’à l’époque où j’avais terminé le bouquin, il y avait encore de vieilles rumeurs d’adaptation ciné qui traînaient çà et là sur Internet. Cependant, le projet semblait tombé aux oubliettes, et ça m’a rendu, ma foi, bien triste.
Je ne sais absolument plus comment j’ai découvert l’existence d’une mini-série produite par la BBC, mais je me souviens d’avoir sauté de joie, couru partout et démontré mon enthousiasme de moult façons. Malheureusement pas diffusée en France, il va vous falloir, pour la voir, soit employer soit des méthodes pas très légales (surtout si vous parlez pas la langue et que vous avez besoin de sous-titres Français), soit votre carte de crédit et un site internet vendant des biens culturels où vous pourrez commander le DVD/Blu-Ray, malheureusement sous-titré en Anglais uniquement. A QUAND UNE VERSION FRANÇAISE, BORDEL A CUL? …Hum. BREF.

Bertie Carvel - Jonathan Strange & Mr Norrell - série BBC
Bertie Carvel, qui réussit l’exploit d’être LA PARFAITE REPRÉSENTATION que je me faisais du personnage de Jonathan. (Image BBC)

En fin de compte, une série de sept épisodes, c’est tellement mieux qu’un film. Bien sûr, cela reste court pour aborder un matériau de base si dense, et ce sera donc sans surprise que certains passage se retrouveront quelque peu raccourcis. Apparemment, une personne n’ayant pas lu le livre peut tout de même s’y retrouver, même si pour être tout à fait franche avec vous, la lecture préalable rend certainement le visionnage bien plus confortable et appréciable. Je ne sais pas comment ils se sont débrouillés, mais tous ceux qui ont bossé sur cette série ont réussi à représenter visuellement la chose exactement comme je me l’imaginais. Dans le moindre détail. Cela en était INCROYABLE, tellement je trouvais ça fidèle à l’idée que je m’en faisais. J’avais peine à me tenir tranquille pendant le visionnage tellement j’avais envie de sautiller partout tel le cabri dans une verte prairie printanière. C’est bien la première fois qu’une série m’a fait, genre, littéralement POUSSER DES CRIS DE JOIE tellement c’était bien fait. Vous l’aurez compris, si vous avez aimé le livre, foncez. Je ne vais même pas y revenir davantage, sachez juste que tout est PARFAIT, je m’en porte totalement garante. Susanna elle-même approuve.

Les Dames de Grâce Adieu, ou l’autre livre de Susanna Clarke

Le défaut de Susanna Clarke, que je déplore chaque jour de ma vie, c’est qu’elle se fait très discrète, et qu’elle publie très, très peu. Elle n’a pas de site web, pas de profil sur les réseaux sociaux, et ça fait plus de dix ans maintenant (c’est écrit tout en bas de son article Wikipédia en Anglais) qu’elle a déclaré travailler sur un autre livre, processus apparemment ralenti par des soucis de santé; bref, MON CŒUR PLEURE DU SANG et parfois j’ai envie de prendre le premier billet d’avion direction Cambridge pour aller m’assurer moi-même de la remettre sur pied, de la motiver à finir son bouquin et accessoirement de la couvrir d’éloges pendant approximativement 72 heures non-stop.

Les Dames de Grâce Adieu - Susanna Clarke
Le voici, le voilà.

CEPENDANT, chers amis, il existe un second tome de ses écrits que j’ai eu la chance de recevoir (et de lire d’une traite) à Noël dernier, j’ai nommé Les Dames de Grâce Adieu, et il fallait aussi que j’en dise deux-trois trucs.

On pourrait en parler comme d’une sorte de spin-off, dans le sens où l’univers y est sensiblement le même que dans Jonathan Strange & Mr Norrell. On est dans la même réalité, et on y croise d’ailleurs parfois des personnages du roman, dont Jonathan Strange lui-même.

Il s’agit ici un recueil de nouvelles, au ton peut-être plus léger mais tout aussi mystérieux que celui du roman. Les courtes histoires qui y sont présentes sont parfois inspirées de contes traditionnels, ou de figures folkloriques célèbres. Encore une fois, c’est revisité avec brio, et l’ambiance y est incomparable. Ce n’est pas de la féerie en plastoc, c’est du poétique, de l’éthéré, et c’est plein de tous les ingrédients qui ont fait de Jonathan Strange & Mr Norrell un livre formidable, à ceci près que là où ce dernier était une grande fresque épique, Les Dames de Grâce Adieu pourrait davantage être comparé à une expérience sereine, posée, feutrée. Des petites histoires qui sont un peu comme les bonus d’un DVD ou un épisode spécial d’une série télé, une façon agréable de prolonger l’expérience quand on n’a pas envie de quitter cet univers. Il présentera néanmoins bien moins d’intérêt pour celui qui n’a pas déjà lu le roman « de base », même si je suis convaincue que ça reste une lecture agréable. N’hésitez donc pas si vous avez lu Jonathan Strange!

Petit Bilan (parce que quand même, la vache)

Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke - Les Dames de Grâce Adieu

Voilà. Je l’ai fait.

J’ai commencé la rédaction de cet article ce matin vers dix heures. Il est maintenant 15h31. (Et maintenant, après le travail de relecture, 16h30. Boudiou.) Je crois n’avoir jamais passé autant de temps sur un article de blog. J’ai conscience que ledit article est long, même si j’ai tenté de le rendre aussi sympa à lire que possible. Mais le sujet, comme vous l’avez COMPRIS puisque je vous l’ai purement et simplement RABÂCHÉ environ 45 000 fois et des poussières, me tenait énormément, énormément à cœur.  Je crois que je suis fière de ce que j’ai réussi à vous pondre, et c’était la condition sine qua non pour publier un article là-dessus. C’est donc une mission accomplie pour moi, j’ai l’impression d’avoir bien dit tout ce que j’avais à dire, et je suis vraiment contente de vous proposer ce modeste pavé. Vous me pardonnerez bien volontiers d’en avoir écrit des tonnes, imaginez que là, j’ai fait au plus court. Vous me pardonnerez aussi mon ton certainement un peu moins déconneur que d’habitude, parce que vous êtes au courant que ce livre, pour moi, c’est SERIOUS BUSINESS et que j’ai vraiment, VRAIMENT envie que vous vous y essayiez. Je sais que l’action peine à démarrer, que le nombre de pages et de notes (qu’il ne faut sous aucun prétexte ne pas lire) peuvent paraître décourageants, mais je vous le garantis, si vous vous y accrochez un peu, ça vaut le coup. Ça vaut infiniment le coup.

J’aimerais juste conclure, pour les courageux qui m’ont suivie jusqu’ici, avec un énorme MERCI d’avoir pris un peu de votre temps pour lire cet article, et vous dire que j’espère qu’il vous a donné envie de lire ce livre dont je vous ai tant vanté les qualités.

J’appuie donc sur le bouton « Publier » avec l’agréable sensation du devoir accompli, en vous donnant rendez-vous bientôt pour un nouvel article et en vous laissant, en attendant, avec toujours l’obligatoire:

Bien Cordialement, BISOUS ❤

(Comme d’hab, les photos des bouquins sont de moi, les autres illustrations sont propriété de leurs auteurs respectifs, que j’ai crédités.)

 

Downton Abbey, la série qui me manque déjà

Bonjour les gens.

Hier, je sortais mon tout premier article, et toute contente des quelques retours vachement positifs que j’ai pu avoir, je m’apprêtais à continuer sur ma lancée. J’avais en tête de faire une semaine consacrée au remplissage de ce blog, pour lui donner un peu de contenu de base, quitte à adopter un rythme pas mal soutenu d’un article par jour. C’est donc la fleur au fusil que je m’installai, guillerette, devant mon fidèle PC. Seulement voilà, le loustic ne semblait guère disposé à me laisser m’esbaudir de la sorte, et s’est donc mis à me ramer à la tronche, mais alors juste sur WordPress, histoire de bien m’enquiquiner.
Il m’a donc fallu remédier à ce problème avant de choisir une idée d’article qui ne serait pas la revue du second tome de Miss Peregrine, car je n’ai conséquemment pas eu le loisir d’aller l’acquérir, et donc encore moins de le lire. #FirstWorldProblems

En plus, je me dis suis dit qu’il fallait bien que je montre toute l’étendue des dégâts de ce dont je voulais causer ici, et donc pas question de vous causer de mon livre favori, ça sera pour plus tard, histoire de varier. Les trucs sur la photo, aussi. Les jeux vidéo, pas inspirée. Et alors le blablatage tout court, j’avais rien sur quoi réagir spécialement, et j’allais certainement pas vous tanner avec un pavé sur mes déconvenues avec mon ordinateur. C’est pas passionnant. (Si vous trouvez ça passionnant, je vous juge pas, mais si, un peu en fait.)

Et puis comme c’est ma fête aujourd’hui, je me suis dit que j’allais bien me faire plaisir, et parler d’un truc que je kiffe. Du coup, BIM.

Downton Abbey

Downton Abbey, donc.

Il se trouve qu’en même temps que Miss Peregrine, j’ai acquis Belgravia, le livre écrit par le créateur de la série. Je ne m’y suis pas encore lancée parce que je veux déjà terminer la trilogie Peregrine, mais je ne vous cache pas que je frétille d’impatience. J’ai terminé la série télévisée en question y’a pas si longtemps et comment vous avouer que mon cœur saigne encore un petit peu que ce soit terminé pour de bon? Je me suis attachée à cet univers et aux personnages qui le peuplent comme un vieux chewing-gum à un dessous de table de lycée (je suis le chewing-gum). Du coup, je nourris un peu de très hautes espérances pour Belgravia, j’espère qu’il fera un peu revivre la magie du truc. Parce qu’il faut quand même que j’attende un peu avant de me refaire la série, hein, histoire d’oublier un peu.

En attendant, je vais tenter de vous expliquer de façon certainement fort décousue et fantaisiste pourquoi Downton Abbey, c’est cool.

Si vous n’êtes pas familiers du tout avec le bordel, on va résumer ça très très vite, parce que comme vous avez peut-être pu le voir, ça me fait chier de pondre un résumé à la Wikipédia je préfère vous laisser découvrir un maximum de choses par vous-mêmes.

Nous sommes dans le Yorkshire (la région, pas le chien, sinon ce serait sale. Et non, je ne m’excuserai pas pour cette vanne pourrie, ni pour les nombreuses autres qui suivront dans ce blog), et les événements de la série débutent en 1912, dans la demeure de la bien bien riche et bien bien noble famille Crawley. Nous suivons donc avec moult délices leur

Maison - Downton Abbey
Une journée tranquille pépouze à Downton.

quotidien, mais également celui des gens d’en bas. (En bas, comme dans downstairs, en Anglais -littéralement en bas des escaliers, à l’étage en-dessous, pour ceux qui envoyaient des mots à leurs voisins en cours d’Anglais LV1 au lieu de garder le nez dans leur manuel Apple Pie.)
Et qui c’est qu’il y a, à l’étage en-dessous? Eh ben les domestiques, ma bonne dame. Parce qu’une baraque comme ça, ça s’entretient pas par magie. On est pas chez Harry Potter. Enfin quoi qu’il en soit, voilà pour le décor, il est planté, on ne va pas y revenir. Je vais plutôt tenter de vous donner diverses raisons pour lesquelles j’aime cette série, en espérant que ça donnera envie de la regarder à ceux d’entre vous qui ne l’ont pas encore fait.

Pourquoi Downton Abbey, c’est cool?

Eh bien déjà, pour la raison que j’évoque juste au-dessus. On ne suit pas que les gens de la Haute, et on ne suit pas non plus que les serviteurs. Et même si au départ, les deux univers semblent tout à fait cloisonnés, menant des existences parallèles chacun sur leur propre plan astral, on découvre petit à petit que ces deux mondes, à priori en totale opposition, ne le sont en fait pas du tout. Les destins s’entrecroisent (paie ta phrase digne d’un titre d’épisode des Feux de l’Amour), les intrigues s’emmêlent et les préjugés de classe s’envolent. On se rend compte à quel point chacun de ces deux groupes est dépendant de l’autre.

Ensuite, parce que la série fait un job merveilleux pour ce qui est d’être ancrée dans son époque. L’intrigue se met en route au moment du naufrage du Titanic, et multiplie les références historiques, qu’il s’agisse de simples clins d’œil ou d’une intégration plus en détail qui rendra certains passages de l’Histoire (avec un grand H, tavu) cruciaux au scénario. Dans tous les cas, c’est toujours super bien lié à la narration, on n’a pas l’impression que ça arrive comme un cheveu sur la soupe. Ça présente un réel intérêt.

D’ailleurs, cette période (la série se termine en 1925) est une époque charnière, et là encore, la série l’intègre à merveille. En plus du parallèle entre la famille et ses serviteurs, il y a aussi celui entre ce qui se passe dans la maisonnée versus dans le reste du monde. Ce domaine qui semble tellement intouchable et figé dans le temps connaît son lot de bouleversements, et tout ça amène de véritables moments de grâce sur fond de réflexion sur le temps qui passe, les mœurs qui évoluent, le progrès qui semble inexorablement rattraper tous ceux qui restent en arrière…

Et puis cette série, elle envoie totalement bouler, comme je disais plus haut, tout mépris

Daisy - Downton Abbey
Elle, c’est Daisy. Et elle est BADASS.

de classe ou de genre. Vous voulez des personnages féminins forts, des VRAIS? Ben cherchez plus. Et ça, ça m’a énormément plu. Il y a eu d’excellentes surprises pour moi de ce point de vue-là, on voit des femmes qui ont de l’ambition, qui cherchent à s’accomplir, à péter leurs carcans, qui ne causent pas que de leur potentiel mari ou du reprisage des robes de leur patronne. Elles ont du caractère, elles sont compétentes, parlent entre elles, font des erreurs… on ne ressent à aucun moment qu’elles auraient éventuellement besoin d’un gugusse. Et les personnages masculins ne sont pas en reste, allez pas croire. C’est juste que le traitement des femmes dans la fiction est un sujet qui me touche pas mal.
Mais les personnages, plus généralement parlant, ont tous leur histoire, leur personnalité, leurs buts, leurs secrets, leurs défauts.

Ils sont tous attachants, bordel, TOUS. MÊME LE CHIEN. Ils ont du relief. Ils sont réalistes. C’est simple, au bout d’un moment, j’y étais tellement attachée que c’était comme si, à chaque épisode, je retrouvais en quelque sorte des membres de ma famille. Chacun, à sa manière, m’a touchée.

Un autre truc qui m’a fait plaisir, et là c’est un peu plus perso, c’est que ce n’est absolument pas violent. A aucun moment. Les évènements le sont parfois, mais ce n’est jamais gratuit, et jamais traité dans la surenchère. Voir ce genre de série pour moi, une hypersensible avec une tolérance somme toute très limitée à la violence, c’est une bénédiction. (Dit-elle alors qu’elle regarde aussi The Walking Dead et joue à des jeux où on tue des gens. L’ÊTRE HUMAIN EST CONTRADICTOIRE, OK?) Non mais, sans déconner. Ça fait du bien. Cette série, elle réchauffe le cœur comme un après-midi d’hiver au chaud chez mamie à regarder des cassettes vidéo des classiques Disney.

J’ai aussi envie de vous parler de la V.O. (c’est pas de l’élitisme à deux balles, quand une V.F. est bien, j’aime bien aussi)… LA V.O., foutredieu. Ces accents des quatre coins des îles Britanniques, c’est comme du miel pour mes oreilles. (Euh… Oui, j’ai conscience que cette métaphore rapproche bien trop les mots « miel » et « oreilles » pour NE PAS faire penser à du cérumen. Déso pas déso). Et vu que moi, j’ai comme qui dirait un petit faible pour lesdites îles Britanniques et leurs accents… Le spectateur averti pourra d’ailleurs s’amuser à comparer ceux-ci et tenter de deviner d’où ils viennent. Perso, j’ai pas pu, parce qu’il y a quelques temps encore je commençais à peine à discerner l’accent Irlandais de l’accent Londonien, donc me parlez même pas de l’accent du bled écossais la-première-à-droite-après-les-moutons, merci bien. Mais ça peut être un jeu marrant.

Lady Mary - Downton Abbey
Lady Mary est trop occupée à avoir la classe pour faire attention à toi.

Et puis, comme je l’avais aussi mentionné dans mon article d’avant, j’affectionne plutôt les 18ème/19ème/début 20ème siècles. Là, on est en plein dans le début 20ème. Ce qui veut, entre autres, dire costumes de ouf malade à foison. Et ça, c’est chouette. Un régal pour les yeux, entre lesdits costumes et les paysages qui m’ont fait plus d’une fois boucler mentalement mes valises et inventer le voyage dans le temps ET la fiction.

Et puis alors, je ne pouvais pas parler de cette série sans aborder l’humour. Parce que OUAIS, on dirait pas nécessairement, comme ça, mais l’air de rien, on se fend aussi la gueule. Oui oui.

Alors évidemment, on est dans les 1900s, parmi la Haute de la Haute, et chez les British. Donc vous imaginez bien qu’il va pas falloir vous attendre à des blagues à base de prouts. Mais franchement, certaines scènes font preuve d’un comique de situation parmi les plus exquis que j’aie pu savourer. Je pense même lui décerner la première place. C’est d’une finesse délectable, jamais vulgaire mais ça tape toujours dans le mille. Et quand on parle d’humour, on ne peut pas ne pas parler des PUNCHLINES MYTHIQUES de celle qui est

Lady Violet Crawley, Maggie Smith, Downton Abbey
Je sais pas si tu t’en rends compte, mais elle te juge très fort.

devenue une de mes guides spirituelles, incarnée à la perfection par Maggie Smith, j’ai nommé la Comtesse Douairière de Grantham, a.k.a VIOLET MOTHERFUCKING CRAWLEY. (Oui, je manie le juron avec profusion. Oui, vous me pardonnerez ces égards avec toute la mansuétude que je vous connais.)

Sans déconner les gens, ce personnage, où est-ce que je commence? Je ne sais pas. Je ne veux pas trop en révéler, sinon je vous aurais bien pondu un top 10 de ses meilleures répliques, mais je vais pas vous gâcher la découverte. Sachez cependant que ce personnage est un MONUMENT. En tant que l’aînée de la famille, elle est la plus fervente représentante des valeurs conservatrices d’une noblesse pourtant en pleine mutation. Et elle le fait savoir. Mais personne n’ose trop moufter non plus, parce qu’elle en impose. Et autant elle est capable des mesquineries les plus élaborées et ne manquera jamais de se servir de son arme la plus mortelle, a.k.a sa répartie que l’on pourrait tout autant élever au rang de SUPER-POUVOIR, autant elle peut aussi se révéler être un modèle de douceur et de sagesse, voire même de compréhension, lorsque la situation le nécessite. Surtout quand il s’agit de ses petites-filles. Mais vous verrez bien. Parce que soit vous le savez déjà, soit vous allez regarder cette série illico, sinon Lady Violet viendra vous clasher violemment chaque nuit dans votre sommeil, et moi, derrière, je gueulerai PO PO POOOOOO.

Bon, je pense que j’en ai déjà tartiné pas mal sur cette série, alors évidemment, c’est loin d’être un article critique comme celui d’hier, déjà parce que mon visionnage n’est plus aussi frais que ça (ça fait quelques semaines que j’ai fini la dernière saison, me semble-t-il), et que comme c’est ma fête je fais ce que je veux (bonjour, j’ai 5 ans), et là, ce que je veux, c’est vous parler d’un truc que je kiffe bien trop pour en voir les inexistants défauts.

En quelque sorte, c’était une déclaration d’amour que je rends publique en espérant donner envie à un maximum de monde de s’y plonger et de kiffer autant que j’ai kiffé.

Et pour bien finir abruptement cet article sans autre forme de procès, je terminerai par mon traditionnel mais désormais mythique (traduction: je l’ai déjà fait hier):

Bien Cordialement, BISOUS.